29/05/2008
Source : Palestine Monitor - Traduction : CCIPPP
Ce lundi 26 mai, un appel à l’aide urgent arrive à Ramallah. Il vient de Bil’in, mais pas directement du village. Il vient d’à côté de la colonie de Modi’in Ilit. Le village palestinien de Bil’in est réputé pour son combat persistant, populaire, non violent contre la confiscation de sa terre pour l’expansion d’une colonie et la construction du mur de l’apartheid. Il y a quelques mois, la communauté de militants « a célébré » le troisième anniversaire des manifestations hebdomadaires, ce qui prouve la volonté immuable des villageois pour la paix et aussi leur tragique impuissance.
Mais ce lundi, l’un des villageois, Ashraf Abu Rahme, prend une initiative personnelle. Il vit dans un « avant-poste » du village, une petite cabane sur la terre des villageois, derrière le mur, près de la colonie. Il se tient prêt, là, pour tenter d’empêcher toute construction sur la terre confisquée, pour prouver que cette terre n’est pas « disponible » ni « abandonnée ».
La colonie de Modi’in Ilit est actuellement en expansion, en violation de tous les accords et promesses du gouvernement israélien à Annapolis pour arrêter la construction et l’expansion des colonies. Les colons apportent des mobil-homes chargés sur des camions et utilisent une énorme grue pour les mettre en place.
Ashraf voit là une occasion unique et il n’hésite pas une seconde, il se précipite et escalade la grue, placée en plein milieu du chantier des colons.
Quand j’arrive à trois heures avec Neta Golan – co-fondateur d’ISM (International Solidarity Movement) –, 4 militants israéliens d’Anarchistes contre le Mur sont sur les lieux depuis une demi-heure. Ashraf a déjà passé trois heures sur la grue, perché au plus haut qu’il a pu grimper. Son drapeau palestinien flotte au vent, on le voit de loin, message qu’on ne peut plus clair : Arrêtez d’étendre les colonies sur notre terre palestinienne !
Des colons furieux arrivent de la colonie voisine Matityahu East, ils n’arrêtent pas de pousser des cris, de hurler, d’écumer, cherchant à se saisir des appareils photo et nous attaquant à jets de pierres. Après un moment, la police israélienne écarte les colons bagarreurs sur le côté et nous laisse entrer sur le chantier où policiers, soldats, ouvriers et colons sont en pleine discussion. Ashraf est plus que content de voir Neta et d’autres amis au milieu de cette foule hostile. Donc, nous sommes là, vilipendés par les colons, mais exprimant physiquement notre solidarité, soit directement en étant proches de la grue, soit à quelques mètres derrière une fois que les soldats nous aient obligés à nous écarter. Seul, un rabbin réussit à convaincre les colons juifs de quitter le chantier… Quelques mots lui ont suffi.
Mohammad Khatib, militant bien connu et habitant Bil’in, rejoint Neta et ensemble, ils exigent un traitement juste pour Ashraf , le négocient avec la police. Quand la police assure qu’un professionnel de l’équipe de négociations va venir et qu’Ashraf sera protégé de la violence des colons, celui-ci accepte finalement de descendre de la grue, plus de 4 heures après l’avoir escaladée. Durant tout ce temps il n’a eu que son drapeau ; pas de nourriture, pas d’eau.
Quand la grue est baissée, les colons s’approchent, tapent dans leurs mains et se mettent à railler. Je ressensi une profonde colère et une grande déception. Evidemment, il n’y a pas de place pour la compréhension. Mais, comme le dit Neta, pour son action symbolique, Ashraf « mérite d’être considéré comme un héros ».